Interactions entre vautours et animaux d’élevage : connaissances scientifiques versus perception des éleveurs

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A propos du sujet polémique concernant les vautours dans le Gers, le docteur Cornélius Sachdé, vétérinaire rural à Masseube, a souhaité clarifier le débat par une approche plus scientifique.

"Depuis le milieu des années 1990, des éleveurs en Espagne, et un peu plus tard en France, accusent le vautour fauve (Gyps fulvus) d’attaquer et de tuer des vaches et des brebis, au lieu de se nourrir uniquement d’animaux décédés.

La médiatisation à sensation et l’ignorance des données scientifiques alimentent cette peur, la presse qualifiant presque systématiquement la constatation de vautours se nourrissant d’un cadavre de vache comme une “attaque”.

La multiplication des observations de vautours dans le Gers cette année, suivie de trois cas de vautours dépeçant une vache décédée, a conduit à une campagne virulente de la Chambre d’Agriculture, demandant indemnisations et autorisation de tirs de défense contre ces prétendues “attaques”.

Le recours aux résultats scientifiques permet de clarifier la situation et de distinguer objectivement la réalité sur le terrain des rumeurs et affirmations gratuites qui abondent lorsque ce sujet polémique est abordé publiquement.

Les interactions entre vautours fauves et bétail dans les Grands Causses ont fait l’objet d’une étude scientifique sur les signalements d’attaques sur une période de huit ans. Le principal constat est que les vautours interviennent le plus souvent après la mort de l’animal, conformément à leur rôle naturel de charognards, et consomment des bêtes déjà décédées suite à des problèmes de mise bas, d’une entérotoxémie (mort subite) ou d’attaques de canidés.

Concernant les rares interventions ante-mortem, les vautours n’ont jamais joué un rôle primaire dans la mort de l’animal, se nourrissant seulement d’animaux déjà proches de la mort ou très exceptionnellement d’animaux paralysés après un accident de vêlage, incapables de se lever et de marcher.

La conclusion est simple : les vautours interviennent très majoritairement après le décès de l’animal, et dans les rares cas où ils commencent à se nourrir d’un animal encore en vie, celui-ci est déjà condamné, incapable de bouger et souvent agonisant. Les animaux en bonne santé, capables de se déplacer, n’ont aucune difficulté à échapper aux vautours et ne sont pas menacés par eux. Il convient de rappeler qu’une vache lors d’une mise-bas sans complications est toujours capable de se lever. En tant que vétérinaires, cette capacité peut parfois compliquer un vêlage assisté, car il est plus facile d’extraire le veau d’une vache couchée ; or, inquiète par la présence d’un étranger, la vache tend à se lever rapidement. Bref, une telle vache ne court absolument aucun risque d’être importunée par des vautours.

L’étude n’a trouvé aucun signe d’un changement de comportement des vautours de nécrophages à prédateurs, comme certains le prétendent pour expliquer ces “attaques”. Les vautours sont devenus, au cours de leur évolution, des charognards spécialisés, perdant la capacité de tuer des proies avec des serres puissantes, et cette morphologie ne peut être modifiée en quelques années.

Pour résumer, les “attaques” de vaches par des vautours dans le Gers constituent un non-sujet. Les éleveurs gersois font face à de nombreux défis sanitaires, notamment les maladies vectorielles récentes comme la FCO ou la MHE, et il serait plus utile de concentrer les efforts sur ceux-ci plutôt que d’attiser des polémiques infondées."

Source : Duriez et al. (2019) : Vultures attacking livestock: a problem of vulture behavioural change or farmers’ perception? Bird Conservation International, 29(3): 1–17

Dr Cornélius Sachdé

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