Lâchement assassiné au sabre, Fabien Desbarats était un homme foncièrement bon. ...

Hommage à un homme de Foi.

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Je me souviens lorsque je l'ai rencontré la toute première fois.  Il était minot, à Lagarde Fimarcon...  La seconde fois, des années plus-tard, c 'était devant le PMU de Samatan. Fabien était en attente dans sa Twingo ... rose...  la cigarette aux lèvres. Un large sourire laissait présumer d'un homme plus tôt sympathique. Or, il s'est avéré par la suite être un homme TRES sympathique, plein d'empathie, de générosité. Nous, nous l'appelions Fabien, d'autres Père Fabien ... Il savait parler quand il le fallait, se taire quand c’était nécessaire, et surtout, offrir cette forme de chaleur rare qu’on reconnaît immédiatement, sans toujours réussir à la décrire.

Fabien Desbarats avait été ordonné prêtre en 2001 à la cathédrale d’Auch à l’âge de 27 ans.  Il était le curé de notre paroisse. Une paroisse où l’église, depuis quelque temps déjà, voyait s’éloigner sa jeunesse. Mais Fabien, lui, avait cette capacité rare à se rapprocher d’elle. Il était un curé proche, ouvert, moderne. Un multi-instrumentiste accompli : guitare, tuba, trompette, orgue, batterie… et bien d’autres encore. Il faisait partie de la fanfare locale, les "Éléphants Verts", née lors d’une semaine de jumelage à Ramatuelle.

Et puis, il n’hésitait pas à sortir des sentiers battus, ou plutôt, à y entrer. On le croisait parfois au Rolls, la boîte de nuit entre Lombez et Samatan. Pour guincher ? Non, pas vraiment… enfin si, un peu quand même. Il suivait l’exemple de son mentor, Jésus :
« On ne va pas chercher des fidèles sur les bancs de l’église, puisqu’ils y sont déjà ! On va là où ils sont, pour les amener à l’Église : dans les bars, les fêtes, les bals» disait il avec une pointe de malice. Il était aimé, profondément, dans les deux communes par toute la jeunesse en quête d'idéaux. « Il était presque devenu un ami , témoigne Sabinemême s’il nous remettait gentiment en place parfois : "Je suis ton curé, pas ton copain !" disait-il, avec le sourire mais sans ambiguïté. »

 " Pour moi et pour mes enfants, Fabien Desbarats restera toujours celui qui fût présent durant de longs mois, alors que nous traversions un moment de vie de grande précarité, témoigne à son tour une maman. En particulier  lorsqu'il nous apporta, accompagné du Père Marc lui aussi d'un grand soutien , une partie de la quête de la messe de minuit alors que je n'avais plus rien, et surtout pas de quoi fêter Noël  ".

Tout le monde ne voyait pas son anticonformisme d’un bon œil. Certaines grenouilles de bénitier s’en offusquaient. Elles n’acceptaient pas ce style, ce ton, cette audace et avaient été jusqu'à s'en plaindre à l'évêché.. Mais Fabien, lui, avançait, fidèle à sa mission : aller vers les autres, là où ils sont, avec humanité, musique… et foi. Avec quelques amis proches de Fabien, décision avait été prise de réagir face à l’injustice dont il faisait l’objet. Une pétition avait été lancé, espérant faire entendre leurs voix,  de toutes celles et ceux qui le soutenaient. En quelques jours, elle avait recueilli plus de 800 signatures, une preuve claire que Fabien n’était pas seul, et que beaucoup reconnaissaient la sincérité de son engagement, la qualité de son ministère, et l’injustice de ce qui lui arrivait.

Une fidèle paroissienne, mon amie Maïa Alonso,  avait porté elle-même cette pétition à Monseigneur Fréchard, à Auch, dans l’espoir que ce geste collectif pèserait dans la balance, ou du moins inciterait à un dialogue plus ouvert. Mais il était déjà trop tard : la rumeur, l'infamie et les jugements hâtifs avaient fait leur œuvre. Dans ce climat de méfiance et de silence, Fabien, profondément blessé, a fini par perdre confiance. Dégoûté par le manque d’écoute et le poids des pressions, il a pris la douloureuse décision de quitter la prêtrise.

 C'est à Lectoure et à Fleurance qu'il retrouva la force de continuer la continuité de sa vie, en dirigeant les pompes funèbres, en étant d'un grand soutien aux personnes endeuillées, durant de longues années.  

 Aujourd'hui son meurtrier, armé d'un sabre, à ôté le droit de vivre à ce garçon de 51 ans, pétillant de vie, d'humilité, de gentillesse, de tolérance et d'empathie qu'était Fabien Desbarats.. La raison de son acte ? Il aurait été violé par la victime ! Impossible . Personne n'y croit d'autant que l'assassin de 29 ans, qui reconnait les fait, était réputé pour sa violence.  Selon les informations de nos confrères de La Dépêche, la victime et le suspect se connaissaient et avaient déjà collaboré professionnellement. Le mis en cause, employé dans une entreprise de maçonnerie, s’était installé à Lectoure il y a deux ans. Il était réputé pour ses propos incohérents et son comportement parfois agressif. L'homme est placé en détention provisoire à la prison d'Agen, l'enquête à été confiée au Pole d'Agen, " le parquet d'Auch s'étant dessaisie du dossier ". 

La justice des hommes décidera de son sort. Celle du Dieu de Fabien aussi ... 

Isabelle Philomène Gaignier, avec beaucoup de chagrin.  

 

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