Histoire d'un dindon fugueur !

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C'est le temps des vendanges... Un souvenir insolite me revient en mémoire...

Quand j'avais 10 ou 11 ans, ma grand-mère avait deux capitaux dans la maison, un troupeau de canards et un de dindons, et avec cela elle achetait tout le nécessaire en épicerie, tout ce que l'on n'avait pas à la maison.

Quand je n'avais pas école, elle m'envoyait « chaumer », c'est-à-dire conduire le troupeau de dindons dans les chaumes où se trouvaient encore des grains par terre.

A cette époque, la moissonneuse lieuse empaquetait les tiges en gerbes et deux bras les jetaient dans le champ. Dans leur chute, des grains tombaient par terre, nourriture de choix pour les dindons.

Je partais avec une grande gaule agrémentée d'un chiffon au bout pour leur faire peur, sans doute.

J'amenais avec moi Fifi la chienne de la maison. Elle me rendait service en ramenant les dindons quand ils s'écartaient du chemin.

Elle crachait parfois quelques plumes car elle les poussait de son museau pour les remettre dans le droit chemin !

Ma petite voisine gardait aussi son troupeau de dindons et elle amenait avec elle des livres de contes que l'on regardait tous les deux.

Un jour, nous étions concentrés sur un livre quand, en levant le nez, je m'aperçois que mon troupeau a disparu. Les dindons se sont éparpillés dans les vignes voisines !

A deux avec l'aide de Fifi, on réussit à ramener le troupeau dans le champ.

Quand sonne midi, il nous faut rentrer pour déjeuner et nous ramenons nos troupeaux respectifs.

Ma grand-mère constate aussitôt qu'il lui manque un dindon et pas n'importe quel dindon, le dindon de semence, celui qui permet d'avoir de bons œufs.

Après m'avoir vertement réprimandé, elle m'envoie le récupérer. Je parcours la vigne dans tous les sens quand enfin  j'aperçois une masse de plumes au bout d'un sillon : le dindon était couché essayant d'attraper un dernier grain de raisin, en vain. Il était ivre !

Je le prends dans mes bras et le ramène à la maison.

Ma grand-mère s'en saisit et l'emporte au poulailler, l'installe dans la paille et pose sa tête sur une casserole. Je ne comprends pas pourquoi : peut-être pour qu'il vomisse les raisins ???

En sortant, elle me dit sur un ton menaçant : « S'il meurt, tu n'auras pas de dinde pour Noël ! »

Je me dis que je ne serai pas le seul puni et cela ne m'a pas empêché de dormir !

Le lendemain matin, je l'entends sortir les dindons prêts à partir « chaumer » et qui vois-je au milieu du troupeau, le fameux dindon qui fait le beau !

J'étais sauvé, nous aurions bien la dinde de Noël !

Pierre DUPOUY

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