Elections Présidentielles : une lettre de Romain Duport à tous les candidats

Mesdames, Messieurs, les candidats à l'élection présidentielle,

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Gascon de cœur et d'esprit, je vous écris aujourd’hui à propos d'une terre qui m'est chère. Mais, au-delà de cette terre, c'est sur la France des campagnes que je désirerais vous interpeller.

Vous êtes candidat à l'élection présidentielle et peut-être, demain, le 25ᵉ président de notre pays. Durant votre campagne ou votre mandat, vous êtes venu et vous reviendrez sûrement en Gascogne. Vous y trouverez un pays où, de notoriété publique, le bonheur se trouve dans le pré, une province rurale qui doit sa beauté et sa force au travail de générations de paysans qui l'ont façonnée et nourrie. Vous traverserez des bastides et des castelnaux enchantés. Pays du bien vivre et du bon manger, vous serez accueilli, si vous n'avez pas le bonheur de vous asseoir à nos tables étoilées de Condom et de Pujaudran, avec le floc de Gascogne à Cravencères, l'Armagnac à Eauze et le foie gras à Samatan. Après une halte photogénique à Lectoure, la tête dans les étoiles à Fleurance, l'été, depuis ces bourgades baignées de soleil, vous entendrez la musique chanter de toute part : musique tsigane à Seissan, bandas à Condom, country à Mirande, salsa à Vic-Fezensac et, last but not least, comme nous disons en patois, les célèbres notes de jazz de Marciac. De l'abbaye de Flaran au donjon de Bassoues, de la collégiale de La Romieu à l'escalier monumental d'Auch, vous vivrez l'Histoire de ce pays qui vit naître d'Artagnan, célébré comme il se doit dans son village natal de Lupiac.

Mon pays n'est pas uniquement débordant de fête et d'histoire, il se bat avec panache et innove : sous l'égide d'Arbres et Paysages, il est pionnier en agroforesterie, solidaire à Plaisance-du-Gers grâce à l'orgue sensoriel, sa CCI a promu le télé-travail alors que cette notion n'était encore que balbutiante et le très haut débit couvre, d'ores-et-déjà, son territoire grâce à la volonté du Conseil Départemental.

Mais depuis dix ans, les citoyens et les élus n'ont plus le temps de créer puisque leur quotidien est accaparé par la défense de l'existant. Lorsque vous prendrez quelques minutes pour discuter avec ses habitants, bien vite, vous trouverez un pays inquiet pour son avenir :

Malgré tous ses atouts, l'agriculture souffre et des terres vallonnées, belles, fières mais ardues à la tâche sont abandonnées aux ronces. Avec la baisse des dotations, les communes gersoises peinent à entretenir leurs mille clochers, leur patrimoine et leurs routes. Quid d'ailleurs de l'avenir des communes ? Proposerez-vous, imposerez-vous ou vous opposerez-vous à une fusion des communes faiblement peuplées durant votre mandat ?

La désertification médicale menace ce département où la moyenne d'âge est élevée. L’État laisse les communes et les intercommunalités à leur triste sort et, par son inaction, crée une concurrence entre ces entités publiques qui s'arrachent les praticiens. Des emprunts sont souscrits pour bâtir des maisons de santé mais qui les paiera lorsque, dans peu de temps, elles seront vides ?

Comment créer de l'emploi, comment permettre aux jeunes de rester au pays lorsque l'Etat, obnubilé par la capitale et les métropoles, seules dignes d'exister dans un environnement marchand, concurrentiel et mondialisé, dénigre son territoire et le fuit ? Les zones blanches comme L'Isle-de-Noé ou grises persistent dans le Gers même si, en la matière, notre département s'en sort pas trop mal.

Les brigades de gendarmeries ferment, comme à Miradoux il y a quelques mois, alors que nos campagnes réclament également ce besoin de gendarmerie de proximité et que les actes de délinquance ordinaire ne faiblissent pas.

Ainsi, chaque année nous attendons avec anxiété la macabre liste des communes menacées. Cette année encore, le Rectorat annonce la fermeture de 9 classes (Castelnau-sur-l'Auvignon, Beaucaire, Monlaur-Bernet, Tournan, Cahuzac, Termes d'Armagnac, Sainte-Christie, Puycasquier, Auterive) tandis que de son côté la Direction des Finances publiques annonce 6 fermetures (Cazaubon, Riscle, Marciac, Saint-Clar, Masseube, Lombez-Samatan). Nous ne sommes pas dupes et savons que derrière l'administration qui agit, ce sont des votes politiques au Parlement et des orientations gouvernementales qui pensent et organisent cet abandon. Au-delà des fermetures, ce sont les suppressions de postes et d'emplois qui affectent l'ensemble de nos services publics. Le plus cruel, c'est que ces économies de fonctionnaires ne touchent pas ceux qui coûtent le plus cher à l'Etat !

Bref, vous candidatez aujourd’hui pour diriger un Etat qui, au lieu d'aménager son territoire, l'assassine jour après jour. Cette interpellation est un cri du cœur, un cri d'alarme. Le Gers n'est pas la seule victime, ce sont des dizaines de territoires, c'est la France des campagnes qui souffre. Nous refusons de laisser en héritage des ruines et des ronces aux générations futures.

Alors, quel que soit votre passé, nous souhaitons vous juger sur votre programme et sur l'avenir que vous dessinez pour nos territoires. Sur ces sujets, quels sont vos engagements ?

Alors que, selon les sondages d'opinion, près de 40 % des électeurs pensent ne pas aller aux urnes et que 40 % également ne sont pas certains de leur choix, vos réponses sur notre quotidien peuvent avoir leur importance. Elles seront donc communiquées à l'ensemble des mairies du département.

En outre, ce courrier vous est envoyé en collaboration avec lejournaldugers.fr, le Petit Journal et Politic Région à qui nous adresserons également vos réponses et qui se réserveront le droit d'en publier tout ou partie.

Madame, Monsieur, sachez que s'il faut se battre, nous nous battrons. Vous pouvez nous déposséder de tout mais sachez néanmoins que, comme Cyrano, vous n'aurez jamais notre panache.

Romain Duport

 


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